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CHANSON

DE GAINSBOURG À GAINSBARRE… PETITES HISTOIRES

Serge Gainsbourg était un artiste aux multiples visages. Disparu pourtant depuis de nombreuses années, le culte du personnage n’en finit pas de grossir et le film Gainsbourg, vie héroïque, sorti cette année, en est le parfait exemple. L’aura de Gainsbourg continue de se répandre chez les jeunes artistes. Il inspire toujours, allant jusqu’à apporter des influences majeures dans les musiques d’aujourd’hui ; des musiques auxquelles il aurait pu prétendre et qu’il aurait sans doute vulgarisées. Son œuvre musicale est protéiforme et des artistes comme Sonic Youth, Massive Attack ou Neil Hannon l’ont bien compris.


GAINSBOURG… PORTRAIT EN FORME DE PUZZLE

Contesté de son vivant pour ses provocations et contestataire à travers ses visions artistiques, Serge Gainsbourg en poète inspiré a souvent eu le verbe haut et un don pour le cynisme appuyé. Dans les dernières années de sa vie, quand le personnage sera affublé du nom de Gainsbarre, c’est toute une jeunesse qui découvre l’artiste. La musique qu’il délivre alors épouse à merveille les tendances musicales de l’époque. Ses derniers concerts, agrémentés d’anciennes chansons remises au goût du jour, permettent à toute une jeune génération de découvrir une carrière riche, jalonnée de nombreux succès, et dont chaque note, chaque mot, sont étudiés avec minutie.

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Le Gainsbourg visionnaire n’est pas une légende, même si les errances artistiques (ou erreurs) de sa jeunesse ont quelque peu retardé l’envol de sa carrière. En avance sur son temps et catalyseur des époques qu’il a traversées, Gainsbourg a eu une carrière hors norme. Les mille et une facettes de cet artiste touche-à-tout, qui s’est nourri de peinture, qui a composé de nombreuses musiques pour d’autres artistes avant de se les approprier, qui a goûté au cinéma, devant et derrière la caméra, peuvent se résumer dans les quelques paragraphes qui suivent…


GAINSBOURG… LE PEINTRE

Avant d’être musicien, Serge Gainsbourg était peintre. Cet amour pour la peinture, il le doit à son père qui lui apprend également les bases du piano classique. Jusqu’à l’âge de trente ans, il garde en lui cette volonté d’en découdre avec la peinture. Étant insatisfait de sa peinture, il finira par en détruire une bonne partie des années plus tard. Pourtant, Serge Gainsbourg est formé par des peintres de renom. Il est l’élève de Fernand Léger et d'André Lhote.

La comparaison n’étant jamais bonne conseillère, Gainsbourg se sent écrasé par tant de forces créatives. Le maître Francis Bacon aura raison de sa détermination à poursuivre dans cette voie. Aujourd’hui, sa sœur Jacqueline possède un autoportrait de son frère ; un des rares tableaux à être présent lors de l’exposition consacrée à Serge Gainsbourg, à la Cité de la musique, en 2008.


GAINSBOURG… LA PREMIÈRE CHANSON

Chanson dont le thème n’aurait plus cours aujourd’hui, Le poinçonneur des Lilas témoigne d’une époque, celle des années 50/60. Une chanson qui souligne avec force le travail à la chaîne, un travail abêtissant que l’automatisation a fait disparaître. Pour le poinçonneur, sa seule attente était de voir un coin de ciel en fin de journée. Cette chanson est la première à être publié sous le nom de Gainsbourg en 1958. Brillante par l’originalité de son sujet et son mordant, elle rencontrera un vif succès.

Pour son auteur, partageant à l’époque sa vie entre la peinture et ses emplois de pianiste de bar, c’est l’aubaine. Sa rencontre avec l’écrivain Boris Vian sera déterminante concernant ses choix artistiques. Vian sera l’auteur de textes drôles, inventifs et cyniques qui viendront se poser délicatement sur les phrases musicales du compositeur Gainsbourg… « J’ai accosté sur les rivages terrifiants de la variété et j’ai laissé la peinture à la dérive », disait-il.


GAINSBOURG… SOUS LE SOLEIL EXACTEMENT

Le Gainsbourg séducteur, de ses conquêtes féminines aux visages d’anges jusqu’aux stars de l’écran, est bien connu. C’est à travers ses chansons, qu’il a gagné leur estime. Certaines d’entre elles sont devenues inoubliables grâce à leur interprète : France Gall, alors toute jeune, la dame en noir, Juliette Gréco, et de nombreuses actrices de cinéma comme Brigitte Bardot, Mireille Darc, Catherine Deneuve ou Isabelle Adjani… sans oublier sa muse Jane Birkin.

La chanson Sous le soleil exactement fut interprétée par Anna Karina (chanson extraite du film musical Anna de Pierre Koralnik - 1967). « Sous le soleil exactement était très dur à chanter (…) Après les séances, il me faisait porter des fleurs, un briquet en or massif, des liqueurs. Serge était très classe avec ses costumes à rayures, très timide, très tendre et très moderne », se souvient Anna Karina.


GAINSBOURG… JE T’AIME, MOI NON PLUS

Le contexte de cette chanson hautement érotique, chantée en duo avec la star du cinéma français d’alors, Brigitte Bardot, fera scandale auprès du Vatican. Craignant la controverse pour des raisons morales et pour ses proches, Bardot demande à Gainsbourg de ne pas la publier… Mais la chanson ne reste pas longtemps confidentielle. L’année suivante, Gainsbourg propose à Jane Birkin d’enregistrer une autre version, plus susurrée, mais nettement plus érotique.

À cause de sa diffusion limitée sur les ondes et de sa provocation non dissimulée, la chanson rencontre un vif succès et se vend très bien à une époque où la révolution sexuelle est déjà en marche. En 1986, Bardot accepte la publication de la version enregistrée 20 ans plus tôt… mais les années 60 sont loin et la chanson, avec le recul, devient simplement une curiosité, pour ne pas dire un simple effet d’annonce.

Pour en savoir davantage… HISTOIRE DE “JE T’AIME MOI NON PLUS


GAINSBOURG… HISTOIRE DE MELODY NELSON

L’album Histoire de Melody Nelson est considéré aujourd’hui comme une œuvre majeure dans la carrière de l’artiste. S’inscrivant parfaitement dans la musique “in” de l’époque, l’album garde encore, 40 ans après, une singularité et une force que l’on aimerait entendre plus souvent dans les productions actuelles.

Melody Nelson est le premier album concept de Serge Gainsbourg. Enregistré en 1971, c’est un disque charnière dans sa carrière. Véritable symphonie aux couleurs musicales pop et inspiré par des poésies de José Maria de Heredia, Melody Nelson décrit l’histoire d’une jeune lolita de “quatorze automnes et quinze étés” (dans la vie, 20 années séparent Jane Birkin de Serge Gainsbourg).

Jean-Claude Vannier, artiste sous-estimé, est l’auteur et l’arrangeur de la plupart des musiques de l’album. Avec sa touche rock à peine appuyée, ses quelques notes de piano, ses cordes incisives et ses chœurs majestueux, Melody Nelson possède une aération musicale et des nuances rares pour de la musique dite de “variété”.

Peut-être parce que trop “in” ou trop sophistiqué, le disque est un flop lors de sa sortie. Il restera ignoré pendant de nombreuses années avant de devenir un disque culte auprès de jeunes artistes dans les années 80/90.


GAINSBARRE… ET LA MARSEILLAISE

La Marseillaise, version Gainsbourg a fait couler beaucoup d’encre. Il était (et il est encore) difficile de toucher à ce flambeau patriotique musical sans qu’aucune réaction ne voie le jour.

En rebaptisant La Marseillaise… “Aux armes, etc.” (1979) dans une forme musicale pas franchement hexagonale, le reggae, Gainsbourg se pose en provocateur. « Le reggae me branchait par son côté voyou, contestataire, plus proche de l’Afrique », expliquait-il. La réaction est immédiate. Les paras et l’extrême droite montent au créneau.

Lors d’un concert à Strasbourg, en janvier 1980, les paras sont dans les premiers rangs et prêts à en découdre. Pour éviter que les musiciens qui l’entourent ne subissent l’affront, Gainsbourg décide de chanter seul La Marseillaise a capella. Le personnage Gainsbarre ne résiste pas à la fin de la chanson de faire le bras d’honneur en direction des bérets rouges.

Cette intervention improvisée du personnage Gainsbarre fera la une des journaux et de la télévision. Elle sera, avec le billet brûlé de 500 francs (émission 7 sur 7) et le jeu de la vérité, l’une de ses apparitions télévisuelles les plus remarquées, sans forcément être remarquable. Le personnage Gainsbarre, porté sur la gitane et la bouteille, sans faire de l’ombre à Gainsbourg, en est son miroir. Gainsbarre est le personnage des médias qui critique et qui provoque, alors que Gainsbourg est l’artiste qui conserve en lui toute sa timidité et sa pudeur.


GAINSBOURG… CHAUSSURES REPETTO ET BARBE NAISSANTE

Les chaussures Repetto sont devenues pour Gainsbourg… ses chaussures. Ultra souples et de couleur blanche, il les a portées pieds nus et en a usé un grand nombre de paires chaque année. C’est Jane qui lui avait trouvé ces chaussures. C’est également elle qui suggéra à Serge le port d’une barbe de quelques jours (tout un art !).

Cette barbe naissante, amis également sa tenue, avec son jean délavé et ses chaussures blanches, feront partie de la silhouette décontractée de Gainsbourg dans les années 70/80 et influenceront de jeunes artistes comme Thomas Dutronc et Mathieu Chedid.


GAINSBOURG … ROCK AROUND THE BUNKER

S’il flirte avec la musique pop anglaise à la fin des années 60, c’est vers la musique rock qu’il s’oriente au milieu des seventies. L’album Rock Around the Bunker paru en 1975 en est le meilleur exemple. Ce n’est certes pas son meilleur album, mais il a le mérite d’être sorti à un moment où personne ne l’attendait. Comme à son habitude, Gainsbourg cherche encore à surprendre en produisant des titres uniquement rock.

Paru deux ans avant la vague punk, Rock Around the Bunker joue avec les mêmes codes en proclamant le SM et le nazisme. Les artistes rock/punk de la scène française lui en seront reconnaissant et l’inviteront parfois à monter sur scène.


GAINSBOURG… ET LE CINÉMA

Dans sa carrière, hormis la composition de quelques BO réussies et la réalisation de quelques clips vidéos et publicités, les talents d’acteur et de réalisateur de Gainsbourg ne sont pas passés à la postérité.

Il a commencé à fréquenter le cinéma dans les années 60 dans des films sans grande envergure (tel le péplum italien : La révolte des esclaves, Hercule se déchaîne, ou bien la comédie française de second plan : Toutes folles de lui, Estouffade à la Caraïbe).

Derrière la caméra, il réalise quatre longs métrages : Je t'aime moi non plus (1975), Équateur (1986), Charlotte for ever (1986) et Stan the Flasher (1990). La critique est sévère : « Si une seule idée suffit pour écrire une bonne chanson, elle se révèle soudain faiblarde quand il s’agit de faire tenir debout un long métrage… Les quatre films de Gainsbourg sont des films de mélodiste, bâtis sur une idée fixe et allongée, constitués d’un refrain entêtant auquel manquent beaucoup de couplets » commente Frédéric Bonnaud dans Les Inrocks en 2001.

En tant que compositeur pour le cinéma, Serge Gainsbourg a écrit 53 B.O de films. Parmi celles-ci, nous avons retenu : L’eau à la bouche (1959), L’horizon (1967), Le pacha (1968), Slogan (1969), La horse (1969), Un petit garçon nommé Charlie Brown (1971), Les bronzés (1978), Tenue de Soirée (1986)

Par Elian Jougla (Cadence Info - 12/2010)


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