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CHANSON

CAMILLE BIOGRAPHIE/PORTRAIT D’UNE CHANTEUSE ATYPIQUE

Artiste inclassable, peut-être même indomptable, Camille est une chanteuse dont les choix artistiques intrigues. Décalée sur scène, un peu bizarre même, tout ceci semble bien l’amuser. Pour la comprendre, il faut d'abord visiter son parcours. Celui-ci, très sage à ses débuts, est aujourd'hui beaucoup plus espiègle et inventif.


CAMILLE, ENTRE RIGUEUR ET LÂCHER PRISE

Camille possède une personnalité peu ordinaire, sûrement est-ce dû à ses racines irlandaise et russe, à moins que cela ne provienne de son engagement dans la musique, une carrière qu’elle a débutée il y a maintenant 15 ans.

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Camille grandit dans un milieu plutôt bourgeois en région parisienne, entourée de ses parents, tous deux enseignants. À l’adolescence, c’est encore une jeune fille réservée et solitaire qui pratique la danse classique jusqu’au moment où une blessure l’oblige à tout arrêter. Il s’ensuivra une période difficile jusqu’à ce qu’elle découvre le chant. Ce sera pour elle un moyen d’expression qui lui sera profitable pour oublier ses quelques blessures sentimentales d'adolescente.

© Daniel - Camille (Melbourne 2009)

« J’ai le sentiment d’avoir cherché très jeune des manières de m’exprimer… Dessiner, chanter étaient pour moi une manière de canaliser mon énergie. », raconte Camille. Mais plutôt que de s’éparpiller, la jeune fille suit dans un premier temps un enseignement sérieux portant sur des études politiques (Sciences Po) et des études littéraires (khâgne-hypokhâgne). Comme pour la musique, ces choix-là lui permettent de canaliser sa vitalité débordante tout en étudiant des domaines qui la passionnent, surtout la littérature.

En 2002, Camille sort son premier album, Le sac des filles. La voie semble tracée. Elle sera chanteuse. Camille signe la plupart des chansons et démontre déjà de réelles aptitudes. Elle y croit et en a la certitude, ce qui ne l’empêche pas de douter parfois comme tout bon créateur. « Quand on crée, on ne sait jamais vraiment où l’on va. On a parfois des intuitions très claires, mais après, pour leur donner forme, il faut les accoucher, que ce soit pour un concert ou un disque », précise Camille.

Son second album (Le fil - 2005) confirme son talent. Le succès est là et les ventes décollent. Grâce à l'approche conceptuelle originale du disque (une note bourdonnante chantée en a cappella qui sert d'enchaînement entre les titres), Camille sort des sentiers battus. Les gens de la profession n’y sont pas insensibles et lui décernent deux victoires de la musique l’année suivante (« Album révélation » avec Le Fil et « Artiste révélation de l’année »).

Face à cet enthousiasme si soudain, Camille garde pourtant les pieds sur terre. Pour elle, ce n’est qu’une réponse, une réaction venant du public qui lui demande d’aller de l’avant. Le message d’encouragement est bien reçu. Face à des chansons aux contours atypiques, la chanteuse ne cherche ni la marginalité ni le succès facile et attendu, pas plus qu’elle n'accorde des concessions à l’industrie du disque, pourtant si exigeante en temps ordinaire.

Cinq disques en quinze ans, quand d'autres en font parfois le double, ne semblent pas la gêner plus que ça. Camille ose. Elle ose poser un regard particulier sur la chanson. Son approche "intellectuelle" lui fait souvent prendre le risque de ne pas être toujours comprise, mais les choix sont ce qu'ils sont et la chanteuse en assume la portée. Que l'on aime ou pas ce qu'elle exprime, ses albums ont surtout le mérite de ne pas laisser indifférent ceux qui les écoutent.


DE LA SCÈNE AU CINÉMA

Chez Camille, les expériences vocales et sonores ne sont jamais bien loin ! Originalité, créativité, fantaisie sont quelques-unes des qualités et non des moindres que l’on retrouve dans ses différentes productions discographiques. À tous ces qualificatifs, il serait possible de rajouter sans une once d'hésitation les mots « présence » et « exubérance », deux autres qualificatifs qui lui vont si bien quand elle est sur scène.

C’est dans cet espace libre, au contact du public, que Camille donne toute la mesure de son talent. C'est son truc la scène, son élément, son équilibre. La chanteuse a le don de jouer de sa voix ample et pure, de son corps aussi, qui semble comme envoûté, ensorcelé. Du bruit primitif jusqu’au cri en passant par des coups de pied sourds frappés sur le sol, Camille offre un spectacle mêlant danse et jeu théâtral.

Un tel tempérament et originalité ne pouvant pas passer inaperçu, le cinéma lui permet de décrocher quelques rôles, d’abord en tant que figurante en incarnant un rôle de chanteuse dans Les morsures de l’aube d’Antoine de Caunes (2001), jusqu’à l’obtention d’un rôle plus consistant en jouant la fille de Catherine Deneuve dans Elle s’en va ( 2012). Or, si le cinéma enrichit son expérience, il lui permet également d’évaluer fort justement l’ensemble des difficultés qu’implique un rôle, petit ou grand. Contrairement à la scène, le cinéma est trop restrictif et directif pour convenir vraiment à son tempérament. À l'inverse, chanter sur scène est le lien suprême, le refuge de l’âme ; l’expression d’une performance éphémère qui révèle des sensations jamais innocentes, ni comparables.

Du côté de la promotion artistique, les clips sont là pour prêter main forte au lancement des chansons. Camille suit le mouvement, mais comme absorbée par ce désir de montrer sa différence, la chanteuse a semble-t-il résolu le problème de ce passage obligé en les réalisant elle-même. Poursuivant sa quête à travers des décors et des costumes aussi étonnants qu’imprévisibles, les clips de Camille possèdent cet esprit décalé et étrange qui sied si bien son univers.


CAMILLE  FONTAINE DE LAIT

CAMILLE, LA MILITANTE ÉCOLOGIQUE

Après avoir usé des onomatopées et des percussions corporelles, opté pour le chant en a capella en revisitant des airs traditionnels, jusqu’à interpréter des textes à l'envers, Camille serait-elle condamnée à surprendre, à inventer un monde et un langage étrange à chaque nouvel album ? Dans son dernier disque , la chanteuse ne paraît plus vouloir faire la moindre des révolutions. L’âge, la famille, les enfants, de nouvelles responsabilités auraient-ils eu raison de son audace ?

Enregistré dans la chartreuse Notre-Dame-du-Val-de-Bénédiction à Villeneuve-lès-Avignon et dans une petite chapelle en Tarn-et-Garonne, laisse entendre un tableau musical des plus sobres où chant et percussions jouent les rôles principaux. Les mots sont une fois de plus d’une grande importance en s’ajustant les uns aux autres dans une précision parfaite. Dans les sens l’emportent sur tout le reste. Les chansons célèbrent la vie dans une forme de pureté humaine, animale et végétale.

Camille donne libre cours à ses sentiments écologiques. Son regard sur la société, sur l’environnement, dans ses excès et dérapages, trouvent un écho certain dans la chanson Je ne lâche pas mes mots : « S'il m'arrive d'être foudroyée par l'éclair au chocolat / Très souvent je me raisonne avant de replonger mon doigt / Dans la marmelade aux pommes préparée a capella / Sur le piano / Si la seule vue du miel suffit à clarifier ma voix / L’aspartame à sa mémère n’édulcorera pas / La colère de voir sous la princesse un petit pois O.G.M. ! Oh ! »

Le disque (1) est pour l’intéressée un testament ancré dans le monde d’aujourd’hui, dans une société insaisissable et controversée. Le discours de la militante semble clair : « Les choses ne changeront pas tant que chacun de nous ne prendra pas conscience qu’il a la possibilité de les faire changer. » La sauvageonne et amoureuse de Paris déclare sa volonté de « végétaliser » la capitale et de la voir libérée de ses voitures pour enfin accéder à une existence plus saine et paisible.

Face au public, avant de se lâcher totalement, c'est son cœur qui fait les premiers pas. La soif de conquête, le désir de donner entraînent à coup sûr tout un public à la suivre. Elle ne s'y trompe pas. Silence, bruit, murmure, tout est bon à prendre, c’est ce qui fait de Camille une artiste à part, une chanteuse qui ne renie rien de son originalité et qui ne cherche à épater quiconque. Elle est là, tout simplement, avec sa rigueur professionnelle exemplaire et son amour du chant.

1 – L’album « UÏ » est sorti en version « collector » avec des versions acoustiques enregistrées à la biennale de Venise.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 11/2017)

Visiter le le site officiel de CAMILLE


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