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CHANSON

LA VARIETE FRANCAISE DES ANNEES 70

Cette page fait suite à LES CHANSONS FRANÇAISES DES ANNÉES 70 - PREMIÈRE PARTIE

ACTUALITÉ

POLITIQUE : en 1974, la mort de Georges Pompidou précipite les événements. De nouvelles élections présidentielles doivent avoir lieu. La gauche frémit d’impatience. Malheureusement, face à une union PS/PCF qui se divise (en partie à cause des radicaux), Valéry Giscard d’Estaing, alors président des Républicains Indépendants, remporte les élections et devient le nouveau président de la république. François Mitterrand, patient, attend sa revanche…

SPORT : les taureaux sont lâchés dans l’arène. Le coureur cycliste Eddy Merckx remporte son 5e tour de France… mais le mot dopage ne fait pas encore partie du vocabulaire. En tennis, le spectacle n’est plus le même. Avec l’arrivée dans les tournois de Bjorn Borg, les spectateurs vont devoir s’habituer aux balles qui fusent et aux victoires à répétition.


LA VARIÉTÉ SE CONSOMME À TOUTES LES SAUCES…

La chanson française produit des chanteurs pour midinettes. Ce sera l’avènement de C. Jérome (Kiss me, C’est moi…) et de l’ancien chanteur de la comédie musicale Godspell, Dave (Mon cœur est malade, Vanina, Dansez maintenant…). La variété française s’enflamme également avec les chansons d’humour. La pétillante Anny Cordy nous apprend qu’il est difficile d’avoir une vie dissolue quand on est la bonne du curé : « J’voudrais bien mais j’peux point / Je voudrais mettre un’ mini jupette / Et un corsage à trous trous, / Mais il paraît que pour fair’ la quête / Ça ne se fait pas du tout / Quand je veux faire un brin de causette / Avec les gars du pays / J’file en cachette derrièr’ la sacristie. » Après la sexualité, la religion semble être à un tournant. Le rythme entraînant et la gaîté de la chanson font le reste. Le public adhère à l’unisson, des plus petits jusqu’aux plus grands.

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Parfois la variété française sait renouer avec des textes forts et poignants, comme avec Mon vieux : « Dans son vieux pardessus râpé / Il a pris pendant des années / Le même autobus de banlieue / Mon vieux / Le soir en rentrant du boulot / Il s’ asseyait sans dire un mot / Il était du genre silencieux / Mon vieux / Les dimanches étaient monotones / On ne recevait jamais personne / Ça ne le rendait pas malheureux / Je crois, mon vieux. » Daniel Guichard chante là, l’une de ses plus belles chansons. Une chanson dédiée à son père, mais également une chanson avec laquelle de nombreuses personnes peuvent s’identifier.

Si, dans les années 60, Nino Ferrer est un chanteur ‘rigolo’ avec des titres comme Mirza, Alexandre ou Le téléfon, ces chansons-là ne lui correspondent pas. Elles sont pour lui comme une prison dont il ne peut s’évader. Nino Ferrer cherche à imposer l’autre face de son miroir, celui de l’intime, du dramatique. L’artiste est un perfectionniste. Un être entier. Comme les faces B ne marchent pas, il décide de tout lâcher et de partir vivre en Italie. Les années passent… et lors de son retour en France, sa carrière effectue un virage à 180 degrés.

Avec 500 000 exemplaires vendus, la chanson La maison près de la fontaine est le premier témoignage de cette métamorphose. Son image de chanteur ‘rigolo’ s’estompe pour laisser place à un artiste sensible et créatif. Partagé entre des désirs de musique rock et de ballade folk, le nouveau Nino Ferrer parvient à transmettre ce qu’il a toujours aimé, mais que le public d’alors boudait. Maintenant, tout est différent. Installé dans le Lot, il coule des jours heureux et s’adonne de temps en temps à la peinture. À l’été 1975, les gens vont découvrir une lente ballade sur laquelle ils vont danser : Le Sud. Une merveilleuse chanson évoquant son pays d’enfance, la Nouvelle-Calédonie : « C’est un endroit qui ressemble à la Louisiane, / À l’Italie. / Il y a du linge étendu sur la terrasse / Et c’est joli. / On dirait le Sud, / Le temps dure longtemps, / Et la vie sûrement, / Plus d’un million d’années / Et toujours en été. »


ACTUALITÉ

POLITIQUE : alors que la musique de El bimbo s’éternise dans les discothèques un an après sa sortie, un certain Jacques Chirac, lassé par le ministère de l’Agriculture, est nommé à l’Intérieur. L’homme a des ambitions que Giscard d’Estaing ne soupçonne pas encore…

En décembre 1974, la ministre de la Santé, Simone Veil, libère le droit des femmes en faisant voter la loi sur l’IVG. Quelques mois après, elle poursuit les réformes en annonçant la première campagne antitabac.

1975. Un duo prend place dans la chanson française : Alain Souchon et Laurent Voulzy. Deux véritables complices qui unissent leur talent pour produire des chansons finalement très personnelles. Leur approche créative et leur style d’écriture se reconnaissent dès la première écoute. Les textes, généralement basés sur l’observation de la société et de leurs mœurs, sont souvent bercés par des guitares acoustiques et des rythmes nonchalants. Les chansons J’ai dix ans (1975), Bidon (1976) interprété par Alain Souchon et Rockollection (1977) par Laurent Voulzy, figureront en bonne place. Si tu m’crois pas hé / T’ar ta gueule à la récré… chante alors Alain Souchon.


QUAND LA CHANSON RIME AVEC SLOW

Il était une fois une charmante chanteuse, Joëlle, et un auteur, Serge Koolenn, qui chantaient en duo une chanson intitulée J’ai encore rêvé d’elle… Alors que les premiers succès (Les filles du mercredi, Rien qu’un ciel) s’inscrivent très bien dans l’air du temps avec des mélodies agréables et un look jeune (peut-être, un peu trop BC/BG), le groupe 'Il Était Une Fois' attend encore le tube immortel, le tube qui fera date. Au départ, la chanson J’ai encore rêvé d’elle n’est remarquée par personne, mais une oreille attentive qui traîne par-là, dans les locaux de RTL, remarque la chanson et décide de la promouvoir à l’antenne…

Au bout de quelques passages, les auditeurs sont conquis et la chanson devient rapidement un tube. Grâce à ce slow, le jeune groupe trouve là l’occasion d’asseoir son image ‘fleur bleue’, tout en fidélisant un nouveau public. J’ai encore rêvé d’elle aura des lendemains qui chantent en devenant pendant plusieurs années un titre incontournable dans les boîtes de nuit. D’ailleurs, un couplet me revient en tête : « Je l’ai rêvée si fort / Que les draps s’en souviennent / Je dormais dans son corps / Bercé par ses “Je t’aime”… » C’est beau, non ?

Autre slow mémorable : L’Été Indien. Cette reprise d’un titre anglais arrive au bon moment dans la carrière du chanteur Joe Dassin, alors en perte de vitesse. Le texte original, qui conte l’histoire d’un Noir américain qui se révolte, se transforme dans la version française en une promenade automnale : « Tu sais, je n’ai jamais été aussi heureux que ce matin-là / Nous marchions sur une plage un peu comme celle-ci / C’était l’automne, un automne où il faisait beau / Une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique / Là-bas on l’appelle l’été indien / Mais c’était tout simplement le nôtre / Avec ta robe longue tu ressemblais / A une aquarelle de Marie Laurencin… » Un grand merci à Pierre Delanoë et Claude Lemesle pour avoir fait connaître à des millions de Français le peintre Marie Laurencin. On en oublierait la très libre adaptation du texte !


CHANSONS À LA FAÇON DE…

1976. Certains artistes semblent honorer une autre époque, plus festive, plus joyeuse. Quand Marie-Paule Belle chante La Parisienne, si Jacques Offenbach avait été là, il aurait certainement aimé trouver une telle descendance. À contre-courant d’une vague disco qui commence à déferler, la chanson La Parisienne révèle un petit bout de femme, Marie-Paule Belle, mais également un auteur et complice, Françoise Mallet-Joris.

Dans cette chanson, le parisianisme est mis à mal à travers de courts portraits, comme celui-ci, abordant la sexualité : « Mais si, me dit le docteur en se rhabillant / Après ce premier essai c’est encourageant / Si vous ne buvez pas, vous ne vous droguez pas / Et n’avez aucun complexe / Vous avez une obsession : c’est le sexe. / Depuis je suis à la mode / Je me rode (x2) / Dans les lits de Saint-Germain / C’est divin (x2) / Je fais partie de l’élite / Ça va vite (x2) / Et je me donne avec joie / Tout en faisant du yoga / Je vois les films d’épouvante / Je me vante (x2) / En serrant très fort la main / Du voisin (x2) / Me sachant originale / Je cavale (x2) / J’assume ma libido / Je vais draguer en vélo / Maint’nant je suis parisienne. »


ACTUALITÉ

ÉCONOMIE : mai 1976 est une date importante pour tous les adeptes de jeux de hasard : le loto national vient d’être créé. L’État, pas bête, voit là une façon habile de remplir ses caisses. Le mois suivant, l’heure d’été vient d’être rétablie et Jacques Chirac a le sourire. Il vient d’être élu comme président d’un nouveau parti, le RPR.

FAIT DIVERS : à Nice, un dénommé Spagiarri fait la une des journaux. Entouré de quelques complices, il réalise le hold-up du siècle en ouvrant des centaines de petits coffres le plus tranquillement du monde… en passant par les égouts. Outre l’exploit retentissant, les médias retiendront la signature de l’auteur écrite sur un coffre : « Ni armes, ni violence et sans haine ».


BREL, LES ADIEUX

1977. L’homme de la Mancha vie ses derniers mois d’existence. Gravement malade et fatigué, le grand Jacques a le temps d’enregistrer un dernier disque : Les Marquises. De son île qu’il aimait tant, Hiva Oa, le chanteur enverra des bouts de bande où il livre ses idées en s’accompagnant d’un petit clavier portatif. À Paris, François Rauber, son fidèle arrangeur, s’occupe du reste. Ce dernier, comme à son habitude, trouve le ton juste et quand l’ami Jacques arrive à Paris, tout est fin prêt. Avec beaucoup de difficultés, le chanteur enregistre les chansons comme jadis dans le temps… c’est-à-dire en direct, avec l’ensemble des musiciens et sans utiliser aucun artifice technique.

Un intense silence envahi la cabine du studio au moment des prises. Tout le monde ou presque sait que ce sont là les dernières chansons de l’artiste. Celles-ci sont enregistrées et conservées dès la première prise. Un exploit qui laisse songeur. La classe et le professionnalisme jusqu’au dernier souffle ! Aussitôt pressé, le disque est expédié aux quatre coins de la France. Pour Brel, les passages promotionnels en radio et télévision ne sont pas nécessaires. Son seul nom suffit à créer l’émotion et l’envie d’entendre. L’album arrive par carton chez les disquaires tellement la demande est importante. Le ciel bleu de la pochette sera comme une épitaphe lancée à travers le temps et l’espace. L’artiste tirera sa révérence l’année suivante.


ACTUALITÉ

POLITIQUE : Jacques Chirac fait encore parler de lui… ‘Un jour, je serais Président’ lance-t-il. Pour le moment, l’adversaire de Giscard d’Estaing a reçu une belle promotion en étant élu maire de Paris.

SOCIÉTÉ : sur le Larzac, le fromage de chèvre continue à se vendre très bien. Merci ! Des milliers d’écolos infatigables continuent de manifester contre l’extension du camp militaire.

INTERNATIONAL : l’éternel conflit Israélo-palestinien croit toujours dans un processus de paix… tandis que Bokassa entame sa sinistre mascarade d’empereur en République centrafricaine.

Il aura fallu attendre 12 longues années pour qu’une chanson française remporte de nouveau le concours de l’Eurovision. Ainsi, la chanson L’Oiseau et l’Enfant, interprétée par Marie Myriam, succède à Poupée de cire, poupée de son, qui était pouponnée et langée par la toute jeune France Gall. Les paroles de L’Oiseau et l’Enfant sont bien dans l’esprit du concours, légère comme une plume : « Comme un enfant aux yeux de lumière / Qui voit passer au loin les oiseaux / Comme l’oiseau bleu survolant la Terre / Vois comme le monde, le monde est beau / Beau le bateau, dansant sur les vagues / Ivre de vie, d’amour et de vent / Belle la chanson naissante des vagues / Abandonnée au sable blanc. » Ça rime… Ah, ça c’est sûr ! Comme le disait autrefois une célèbre publicité.


POLITIQUE : 1977. Le couple présidentiel Anne-Aymone et Valéry joue les grands seigneurs en ouvrant au public la vaste demeure Élyséenne, tandis que ces derniers jouent les prolétaires en acceptant de partager le repas de l’ouvrier. Faut bien donner le change et faire bonne figure pour durer en politique. Entre un air d’accordéon et un bout de saucisson, l’homme présidentiel moderne est bien né. De Gaulle, c’est déjà le passé !

DISPARITIONS : la star du rock, Elvis Presley décède le 16 août 1977. Rien ne sera plus pareil ! Le rock est en deuil. Son jeu de jambe n’a pas suffi à soutenir le poids de son obésité envahissante. Quelques jours après, même la diva Maria Callas n’a pas survécu… mais pour d’autres raisons : épuisement moral et physique. La prise de drogues (barbituriques et excitants) en serait la cause… Mais chut, car dans l’univers classique, on n’aime pas évoquer de telles choses. Ce n’est pas bon pour l’image.

INTERNATIONAL : 1978. Côté explosif et attentat, nous sommes servis. La bande à Baader et les Brigades Rouges font régulièrement la une des journaux ; le kidnapping et les rançons ont la cote.

1979. En Grande-Bretagne, l’étau se resserre autour des travailleurs, la dame de fer Margaret Tchatcher est nommée Premier ministre, tandis qu’en Iran, le Moyen Âge revient en force grâce à l’Iman Khomeiny qui, après quelques vacances sur le territoire français, a fait escale à Téhéran… Mais tout ceci ne serait rien, si John Wayne avait survécu à la dernière flèche Cherokee… Ni lui, ni son cheval, n’ont trouvé la force de continuer. Le Western serait-il mort avec lui ?


ET DIX DE DER

Mais où es-tu Manu, Manureva ? Seul peut-être Alain Chamfort le sait. La chanson Manureva est un hommage à Alain Colas et à son bateau disparu en mer : « Manu Manuréva / Où es-tu Manu Manuréva ? / Bateau fantôme toi qui rêvas / Des îles et qui jamais n’arrivas / Là-bas / Où es-tu Manu Manuréva ? / Portée disparue Manuréva / Des jours et des jours tu dérivas / Mais jamais jamais tu n’arrivas / Là-bas. » Le texte ‘économique’ écrit par l’ami Gainsbarre et la musique d’Alain Chamfort font mouche. Le jeune homme a du talent et son passé de chanteur à midinettes semble à présent derrière lui. La chanson est enregistrée à la hâte, ce qui ne l’empêche pas de se vendre : 1 million de 45 tours écoulés… C’est fou ce que les drames inspirent et font danser !

ACTUALITÉ

POLITIQUE : la qualité du travail conduit par Simone Veil au gouvernement de Giscard d’Estaing a propulsé l’ancienne ministre au rang de première présidente du Parlement Européen. Son élection est un pas de plus vers la démocratisation. La place de la femme en politique devient une évidence.

FAIT DIVERS : dans le style la police ne rate jamais sa cible, Jacques Mesrine, surnommé "l’Ennemi public numéro un", est abattu dans sa voiture à bout portant, criblé par les balles de plusieurs tireurs d’élite.

IL FAUT CONCLURE

Certes, d’autres titres auraient eu leur place dans cet article consacré à la chanson française des années 70 : Le téléphone pleure, le plus gros succès de Claude François, Qui saura, chanté par le regretté Mike Brant, The Fool de Gilbert Montagné, le fameux Mamy blue de Nicoletta, les balancements pianistiques de Écoute la musique interprétés par Michel Berger ou de ceux de Véronique Sanson avec Besoin de personne, sans oublier le Ce n’est rien de Julien Clerc, chanson rengaine qui confirmait le talent mélodique du chanteur à la voix chevrotante.

Durant cette décennie, la chanson française a produit de nombreux tubes, pas toujours de grande qualité, pas toujours d’une grande originalité, mais fort heureusement, la majorité de ses interprètes se sont bien gardés de trop imiter les styles musicaux en provenance des States ou d’ailleurs. Ces artistes-là ne sont ni des vedettes de rock, ni des vedettes de disco (bien que certain aient tenté l’aventure avec perte et profit). En revanche, ils transportent avec eux, et à des degrés divers, la touche ‘frenchy’, cette patte identifiable et inimitable de la chanson populaire que nous aimons tant, ouvertement ou parfois en cachette. N’est-ce pas là l’essentiel !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 03/2012)

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